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En ce mois de la journée mondiale de l’Afrique (25 mai), nous proposons un tour des actualités africaines relatives à la pandémie de Covid-19.

Sur le continent, les données en matière de Covid-19 manquent. On méconnaît la façon dont l’épidémie affecte véritablement l’Afrique. La raison principale : des moyens de dépistage très limités, et quasi inexistants dès que l’on s’éloigne des principales villes. Les difficultés sont encore plus marquées en matière de séquençage et donc de suivi des variants, puisque seule une poignée de pays africains disposent des appareils requis. On commence toutefois à en savoir un peu plus sur la mortalité liée au Covid-19 au sud du Sahara. Une étude parue dernièrement montre que le taux de mortalité chez les patients atteints de formes sévères est beaucoup plus élevé sur le continent (48,2 % versus 30 % en moyenne sur les autres continents), ce qui reflète la rareté des services de soins intensifs et des équipements et produits de santé (dont l’oxygène) nécessaires pour la prise en charge des formes graves.

Face à des chiffres de mortalité initialement bas, la démographie du continent – la moitié de la population y a moins de 19 ans – a d’abord été mise en avant. Les données récentes donnent à voir une situation beaucoup plus différenciée et fortement évolutive. Si le nombre de nouveaux cas a baissé de 9% à l’échelle du continent, la tendance est localement à la hausse en Afrique du Sud et au Nigeria. Une enquête de prévalence menée sous la houlette du CDC Afrique dans dix-sept pays du continent, dont les résultats ne sont pour l’instant connus que pour cinq pays, montre que dans certaines zones la prévalence est très élevée (22,9 % dans la population de Lagos).

Ces tendances sont à lire au prisme de la circulation de plusieurs variants au sud du Sahara. Le variant indien a d’abord été détecté en Ouganda, avant de l’être aussi au Kenya, en Afrique du Sud, au Botswana, en Angola, en RDC, au Nigeria, en Zambie et au Zimbabwe. Le variant dit sud-africain, identifié en 2020, a depuis été retrouvé dans vingt autres pays africains. En décembre 2020, un autre variant a été identifié au Nigeria, sans qu’il ne soit pour l’heure permis de statuer quant à sa contagiosité. Le variant dit britannique circule aussi sur le continent, où il a été retrouvé dans vingt pays.

Mais c’est assurément la question des vaccins qui domine actuellement les conversations. Le conseil de sécurité des Nations Unies du 19 mai a rappelé les faits : l’Afrique n’a reçu à ce jour que 2 % de tous les vaccins administrés à l’échelle mondiale. Pour rappel, c’est essentiellement via le Covax – l’un des trois piliers du dispositif pour accélérer l’accès aux outils de lutte contre la COVID-19, dit accélérateur ACT – que les vaccins sont rendus accessibles sur le continent. Le mécanisme privilégie le vaccin AstraZeneca, qui est fabriqué en Inde par le Serum Institute of India. Or depuis février, le continent fait face à deux nouveaux défis. Il y a d’abord l’efficacité bien moindre du vaccin AstraZeneca sur le variant « sud-africain », mise en évidence par des chercheurs.ses du KwaZulu-Natal Research Innovation and Sequencing Platform. Sitôt ces éléments connus, le gouvernement sud-africain décide de mettre de côté le million de doses d’AstraZeneca déjà commandées. Nouveau coup de tonnerre à la fin du mois de mars : alors qu’elle est en proie à une vague de Covid-19 sans précédent, l’Inde annonce qu’elle interrompt momentanément ses exportations de vaccins. Le Serum Institute of India, le plus grand producteur de vaccins au monde, cesse les livraisons à destination de Covax. D’abord annoncée pour juin, la reprise des exportations est désormais reportée à la fin de l’année.

Les dernières semaines ont aussi été marquées par les annonces de restitution de nombreuses doses de vaccins, voire par leur destruction. La RDC a ainsi restitué à Covax 1,3 million de doses AstraZeneca sur les quelques 1,8 million reçues. Pour expliquer ces restitutions massives, la plupart des observateurs évoquent les problèmes de logistiques et d’infrastructure – transport, système de santé, atteinte des zones périphériques – mais soulignent aussi l’important problème de la défiance face aux vaccins. Une défiance distribuée de manière hétérogène sur le continent, comme le montre une étude réalisée sous la houlette du CDC Afrique sur la perception des vaccins dans quinze pays. Certes, il convient de garder à l’esprit les écarts possibles entre les déclarations d’hésitation vaccinale et les comportements, ainsi que le caractère changeant de l’hésitation vaccinale. Dans certains pays africains, le phénomène est toutefois actuellement tel que les étrangers expatriés accèdent très facilement à des vaccins que les autorités de santé peinent à écouler. La défiance est en partie nourrie par les rumeurs complotistes qui circulent via les réseaux sociaux. Pour répondre à ce défi, l’OMS a créé fin mars 2021 Viral Facts Afrique, un projet réunissant des experts de la vérification des faits et des institutions sanitaires, et qui poursuit l’objectif de réfuter rapidement – et notamment dans les langues locales – les mythes là où ils se propagent.

Il serait toutefois réducteur de penser que la seule « rectification » des messages suffira. La question de la source de l’information, et de sa légitimité, est fondamentale, et doit être pensée sur le temps long. Les épidémies d’Ebola ont ainsi mis en lumière que les autorités comme les professionnels de santé souffraient d’une très faible légitimité aux yeux des populations. La « résistance aux vaccins » doit être appréhendée comme le résultat d’expériences historiques passées. Une recherche menée sur les rumeurs de stérilisation qui accompagnèrent une campagne de vaccination contre la polio au Nigeria – et qui entraîna l’échec de cette campagne – montre, parmi d’autres, que ces rumeurs gagnent à être appréhendées comme la manifestation d’une mémoire collective de la confrontation à certaines pratiques médicales de l’époque coloniale. Au présent aussi, les populations africaines ont souvent de bonnes raisons de ne pas accorder de crédit aux équipes soignantes. On peut évoquer ici la pratique fréquente de séquestration des patients par les soignants en fin d’hospitalisation, qui peut se prolonger plusieurs semaines, et n’est levée que lorsque ces patients se sont acquittés de leur facture, ou encore une culture inhospitalière diffuse dans les services de santé. Sur le continent comme ailleurs, une réponse pertinente à la pandémie ne pourra donc pas faire l’économie d’une réelle prise en compte des contextes locaux.

Nous espérons que cette sélection, regroupant articles de presse, articles scientifiques et rapports, vous permettra d’avoir une vision plus claire des questions de santé mondiale.