Chères toutes, chers tous,

Comme chaque mois, découvrez notre revue de presse sur la santé mondiale en suivant ce lien : https://www.scoop.it/topic/sante-mondiale.

En écho au Forum Génération Égalité qui s’est tenu à Mexico en mars et à Paris du 30 juin au 2 juillet 2021, nous vous proposons une revue de presse estivale (juillet-août) consacrée aux conséquences de la pandémie de Covid-19 envisagées au prisme du genre.

Dès le printemps 2020, il apparaît que les femmes payent un plus lourd tribut que les hommes à l’épidémie. Plusieurs facteurs sont d’emblée identifiés : une plus grande exposition des femmes au virus du fait de leur sur-représentation dans les milieux de la santé et des services et, comparativement aux hommes, une proportion plus grande de femmes affectées par les pertes d’emploi liées à la pandémie.

Un an plus tard, le constat reste de mise, et il n’y a bien que sur le plan médical que les femmes s’avèrent moins durement touchées par le Covid-19 que les hommes. Dans le domaine social et économique, l’ampleur des conséquences de la pandémie sur les femmes s’avère majeure. Au niveau macro, le World Economic Forum estime dans son étude annuelle parue en avril 2021 que la crise sanitaire a retardé de plus d’une génération le temps nécessaire pour parvenir à l’égalité femmes-hommes. Une étude de la Fondation des femmes détaille, dans le cas français, les différentes séquences temporelles et leurs impacts pour les femmes en termes de division du travail domestique et éducatif, d’égalité professionnelle, de capacité ou non à adapter l’activité professionnelle, de perte d’emploi et de ses conséquences différenciées en fonction de l’existence ou non d’une protection sociale.

Si ces études s’étoffent à propos des pays à revenus élevés, elles demeurent à ce jour encore relativement rares pour les pays à ressources limitées. Les études existantes montrent qu’en Amérique Latine et dans les Caraïbes, les femmes ont été plus vulnérables que les hommes aux changements du marché du travail induits par la pandémie. En effet, elles occupaient – et continuent d’occuper – une plus grande proportion des emplois dans le secteur informel et/ou dits de « première ligne », c’est-à-dire nécessitant des interactions en face à face, avec moins de possibilité de travail à distance, tels que le commerce, les soins aux personnes ou le tourisme. De plus, elles ont été soumises à une charge de travail domestique accrue, la garde et le soin des enfants et des dépendants leur revenant dans l’écrasante majorité des cas.

En Afrique, la pandémie s’est traduite par de fortes perturbations des services et soins concernant spécifiquement les femmes : fermeture de nombreux centres de santé maternelle et ruptures d’approvisionnement en contraceptifs, perturbation des services de prévention du VIH, diminution considérable des taux de scolarisation des filles et des jeunes filles, augmentation des violences physiques et des violences sexuelles faites aux femmes, entre autres. Comme le montre une étude réalisée en 2021 au Maroc, ces difficultés se sont cumulées, touchant le travail, majorant le travail domestique et exposant davantage les femmes aux violences.

La question des effets de la riposte et des plans de relance économique sur ces inégalités de genre se pose donc actuellement avec force. À cet égard, il convient de tirer les enseignements d’épidémies passées. Celles de Zika et d’Ebola ont ainsi montré que les ripostes n’avaient pas pris en compte les inégalités structurelles de genre, et qu’elles avaient finalement contribuer à les aggraver. Il y a, sur ce plan, beaucoup à faire, comme le montre le « Covid-19 global gender response tracker« , qui propose un monitoring des mesures prises par les gouvernements en réponse à la pandémie, en soulignant celles qui prennent en compte la dimension du genre.

Il faudrait sans doute aller encore plus loin. Pour appréhender de manière fine les conséquences de la pandémie et concevoir des plans de relance pertinents, il conviendrait de ne pas réduire le genre à la binarité hommes/femmes, et d’adopter un prisme intersectionnel, autrement dit de chausser des lunettes qui prennent en compte les différents rapports sociaux – de genre, de « race, » de classe, d’âge, liés à la migration, entre autres – et les vulnérabilités spécifiques que leurs articulations définissent. Un point que nous avions déjà évoqué dans une note co-écrite avec Nathalie Bajos sur la santé sexuelle et les inégalités sociales au prisme du genre. Pour élaborer et mettre en œuvre des politiques qui contrecarrent l’aggravation des inégalités, l’enjeu principal n’est en effet pas tant d’identifier quel groupe est le plus affecté, mais d’appréhender comment les différents groupes sont affectés et de décrypter les mécanismes à l’œuvre dans la fabrique de ces effets différenciés. Des questions qui devraient aussi, du reste, trouver leur place dans les plans de préparation aux futures pandémies, et de manière plus générale dans les politiques de santé publique et de santé mondiale.

Nous espérons que cette sélection, regroupant articles de presse, articles scientifiques et rapports, vous permettra d’avoir une vision plus claire des questions de santé mondiale.